France/1959/1h32/Couleur/Comédie
À la télévision, le grand sujet de l'heure est la pratique de la fécondation artificielle chez les humains, que préconise le professeur Alexis, grand biologiste candidat à la présidence des États-Unis d'Europe. Pour célébrer ses fiançailles avec la comtesse Marie-Charlotte, un déjeuner sur l'herbe est organisé en Provence. En Provence, justement, vit une famille de gens simples, Nino, sa fille Titine et son mari Ritou, et Nénette, la cadette. Celle-ci voudrait bien avoir un enfant, sans les complications du mariage. Elle pense que le professeur Alexis a la solution de son problème. Elle se fait engager chez lui comme bonne à tout faire.
Au cours du déjeuner sur l'herbe, qui tourne à la débandade, une tempête providentielle ayant été déclenchée par son ami, le berger Gaspard, Nénette réussit à s'isoler avec le professeur. Ce dernier est séduit par ses manières simples et naturelles, sa beauté qu'il découvre alors qu'elle se baigne nue dans la rivière, sa jeunesse. Elle l'invite chez ses parents. Ils coulent ensemble des jours heureux au soleil. Mais les amis du professeur le recherchent. L'intérêt supérieur de l'Europe commande. Nénette le laisse partir. Mais quand il apprend qu'elle est enceinte de lui, il bouleverse tous ses projets, rompt avec la digne et frigide Marie-Charlotte et offre à Nénette de devenir la présidente des États-Unis d'Europe.
Réalisateur : Jean Renoir
Acteurs : Paul Meurisse (le professeur Etienne Alexis), Catherine Rouvel (Nénette), Fernand Sardou (Nino), Jacqueline Morane (Titine), Jean-Pierre Granval (Ritou), Robert Chandeau (Laurent), Micheline Gary (Madeleine), Frédéric O'Brady (Rudolf), Ghislaine Dumont (Magda), Ingrid Nordine (Marie-Charlotte), Jacques Dannoville (Poignant), Marguerite Cassan (Madame Poignant), Charles Blavette (Gaspard), Paulette Dubost (Mademoiselle Forestier), Jean Claudio (Rousseau), Raymond Jourdan (Eustache), Régine Blaess (Claire), André Brunot (le curé), Hélène Duc (Isabelle), Pierre Leproux (Bailly), Michel Herbault (Moutet), Francis Miège (Barthelemy), Jacqueline Fontel (Madame Michelet), You (Chapui), Jacqueline Huet (dans son propre rôle), Michel Péricart (dans son propre rôle), Claude Joubert (dans son propre rôle), Claude-Henri Salerne (dans son propre rôle)
Assistant réalisateur : Maurice Beuchey
Scénario/Dialogues : Jean Renoir
Photographie : Georges Leclerc
Musique originale : Joseph Kosma
Décorateur : Marcel-Louis Dieulot
Costumier : Monique Dunan
Montage : Renée Lichtig
Société de production : Compagnie Jean Renoir
Distributeur d'origine : Pathé Consortium Cinéma
Distributeur actuel : SWANK Films Distribution
Dates de tournage : Juillet-août 1959
Lieux de tournage : Les Colettes, Cagnes-sur-Mer sur les bords du Loup, le village de La Gaude, Studios Francoeur
Première : 11 novembre 1959, Le Mangnan, Le Français, Paris
En pleine période scientiste où il ne parait pas absurde de confier les rênes du pouvoir des Etats-Unis d'Europe à un scientifique, Renoir conçoit cette joyeuse farce hymne à l'amour et à la nature qui brocarde les prétentions du progrès scientifique. Pour Renoir, le monde est un, les arbres et les rivières semblent nous parler et il ne peut y avoir de séparation entre les hommes et la nature.
Renoir réaffirme sa croyance qu'il n'y a aucun produit de remplacement pour l'amour, même dans la plus moderne des sociétés. Le film n'est pas pour autant passéiste. Admirablement photographié les plans sur la nature féconde pendant qu'Etienne et Nenette font l'amour rappellent plus un éloge de la modernité propre à Manet (d'où le titre) qu'à la peinture impressionniste d'Auguste Renoir.
Jean Renoir a tourné son film aux Collettes, maison familiale de Cagnes-sur-Mer qu'Auguste occupa de 1903 à sa mort en décembre 1919. C'est, avec le château des brouillards à Montmartre où il est né et Essoyes dans l'Aube, patrie d'Aline sa mère, l'un des trois lieux qui ont profondément marqué la jeunesse heureuse de Jean. C'est aux Colettes qu'il a rencontré Catherine Hessling, le dernier modèle de son père.
Comme Le testament du docteur Cordelier, il s'agit d'une coproduction cinéma-télévision tournée avec un procédé que l'on pense alors révolutionnaire, l'usage de plusieurs caméras, mais qui se révélera finalement un carcan pour la mise en scène ou le déplacement des acteurs, chaque caméra ne devant par sa présence ou son ombre ne pas gêner les autres.
"Les problèmes de l'interprétation sont désormais plus faciles à résoudre. La caméra n'est plus ce Dieu Baal à qui Renoir la compare quand elle est seule, mais une servante aux possibilités multipliées par ses dédoublements- dans CORDELIER et dans le DEJEUNER on a parfois travaillé avec huit caméras-toujours présente, toujours attentive ne traquant plus le comédien, mais suivant chacun de ses gestes, sans qu'il ait à se préoccuper de son emplacement. La télévision, par ses techniques d'enregistrement de l'image et du son- dans CORDELIER, quatre micros pouvaient être branchés en même temps-, a donc bien favorisé ce découpage, scène par scène que Renoir avait toujours recherché, qu'il avait déjà perfectionné avec LE JOURNAL D'UNE FEMME DE CHAMBRE, et qu'il pouvait enfin réaliser entièrement."
Pierre HAFFNER, JEAN RENOIR, Rivage. (1988)